En République Démocratique du Congo, lever le voile sur la gestion du patrimoine naturel devient une activité à haut risque. Franck Zongwe, journaliste environnemental reconnu pour son travail au sein du média Kilalo Presse, en fait aujourd'hui l'amère expérience. Son « crime » ? Avoir interrogé la transparence du protocole d’accord (MoU) signé entre l’Institut Congolais pour la Conservation de la Nature (ICCN) et la société étrangère Vantara.
Un travail d’investigation criminalisé
Depuis la publication de ses articles critiques, le journaliste est au cœur d'une tempête. Selon plusieurs sources concordantes, Franck Zongwe fait l’objet de campagnes de dénigrement visant à le discréditer. Il est présenté, sans aucune preuve, comme un agent « manipulé » cherchant à « déstabiliser » les institutions.
Plus inquiétant encore, l’intimidation a quitté la sphère numérique pour atteindre sa vie privée. Des témoignages font état de la présence répétée d'individus non identifiés aux abords de son domicile et de tentatives d'usurpation d'identité par des individus se faisant passer pour ses collègues. Ces méthodes, caractéristiques des pressions visant à réduire les voix indépendantes au silence, exposent directement le professionnel et sa famille à des risques sécuritaires majeurs.
Quand la conservation glisse vers le sécuritaire
L'aspect le plus alarmant de cette affaire réside dans la mutation du débat. Au lieu d'apporter des réponses scientifiques ou juridiques sur les modalités de conservation de la faune, la controverse autour du contrat ICCN-Vantara est déplacée sur un terrain politico-sécuritaire.
Certaines critiques formulées par le journaliste seraient assimilées, de manière infondée, à des agendas étrangers, voire à des connivences avec des groupes armés sévissant dans l’Est du pays. Une dérive dangereuse qui transforme un débat de gouvernance en une menace pour la sûreté de l'État, mettant ainsi en péril la vie de ceux qui exercent leur droit à l’information.
« Plus d’une année après sa signature, le protocole d’accord ICCN–Vantara reste non publié. Une opacité qui interpelle, d’autant plus que même au sein du ministère de tutelle, certains responsables affirment ne pas en maîtriser le contenu », révélait Franck Zongwe dans les colonnes de Kilalo Presse.
L’exigence de transparence : un droit constitutionnel
Le silence persistant de l’ICCN face aux questions de fond ne fait qu'accentuer le malaise. Quelles sont les garanties de conformité avec la Convention CITES ? Quel est l’impact réel sur la conservation in situ ? La Constitution de la RDC garantit pourtant la liberté de la presse et le droit d'accès à l'information.
Museler un journaliste par la peur constitue une atteinte grave à la gouvernance environnementale et à la souveraineté nationale. Dans un secteur souvent infiltré par des réseaux de criminalité faunique, le rôle de vigie de la société civile et des médias est pourtant vital.
Appel à la protection immédiate
Face à la gravité des faits, des professionnels des médias et des défenseurs de l’environnement montent au créneau. Ils dénoncent fermement les menaces visant Franck Zongwe et exigent que les autorités compétentes prennent des mesures immédiates pour assurer sa protection.
L'appel est clair : la protection de la biodiversité congolaise ne peut se faire dans l'ombre et encore moins au prix du sacrifice de la liberté de la presse. En RDC, défendre la faune ne doit plus signifier faire taire ceux qui cherchent la vérité.
Par Lucien Migabo
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