Dans de nombreuses communautés rurales de la République démocratique du Congo, l’alimentation des tout-petits reste un défi majeur, souvent considéré comme une responsabilité exclusivement féminine. Pourtant, à Kajeje, situé dans le groupement de Bikenke, territoire de Kabare, dans le Sud-Kivu, une nouvelle dynamique familiale émerge : les pères, aux côtés de la famille élargie, s’impliquent de plus en plus dans la nutrition et les soins des jeunes enfants.
Ce changement de comportement, encore fragile mais porteur d’espoir, contribue à améliorer la santé des enfants et à renforcer la cohésion au sein des foyers.
Une nouvelle dynamique familiale
Historiquement, les hommes étaient peu associés aux soins des enfants. Mais aujourd’hui, plusieurs pères du village prennent conscience de leur rôle au sein du foyer.
« Lorsqu’un père s’investit dans la prise en charge de ses enfants, cela apporte rapidité et souplesse à la maison. Par exemple, lorsque la mère prépare les repas, l’aide du partenaire réduit le stress et améliore l’efficacité », témoigne Akonjwa Badhera, père de famille.
Irene Nshobole, habitante de Kajeje, confirme cette évolution:
« Mon mari est un pilier. Il veille à ce que les rations alimentaires soient suffisantes et achète des produits pour moi et les enfants. Il prend aussi en charge la scolarité de nos enfants et ceux de sa sœur, » a-t-elle souligné
Des résistances culturelles persistantes
Malgré ces avancées, des barrières sociales subsistent. Biralibyandi Kashemwa, mère agée de 61 ans, évoque les préjugés encore présents.
« Lorsqu’un père porte un bébé, certains membres de la famille ainsi que l'entourage disent qu’il est ‘dans une bouteille ,une expression critique dans notre communauté. »
Elle souligne toutefois les effets positifs des campagnes de sensibilisation menées par des organisations féminines, qui encouragent une meilleure compréhension des inégalités et des normes sociales.
« Autrefois, la nourriture était plus riche en légumes et en nutriments. Aujourd’hui, les enfants grandissent vite mais manquent de force à cause des aliments transformés », déplore-t-elle.
Sensibilisation et changement de mentalité
Jean Claude Ansima, leader communautaire, observe un impact des projets de lutte contre la violence domestique et les inégalités de genre.
« Près de 60 % des pères du village ont été touchés par ces initiatives. Elles les aident à comprendre leur rôle dans le foyer et à dépasser les normes qui freinent leur implication. », a-t-il indiqué
Une nutrition au cœur du développement
Docteur Baraka Murhula, médecin spécialisé en nutrition, insiste sur l’importance d’une alimentation saine.
« Il faut privilégier les aliments naturels et éviter les produits chimiques. Une alimentation équilibrée est fondamentale pour le développement physique et mental des enfants. », a-t-il déclaré.
Vers des foyers plus équilibrés
À Kajeje, l’engagement des pères dans la vie familiale et la nutrition des enfants montre une transformation sociale. En surmontant les barrières culturelles, ils contribuent à bâtir des foyers stables et solidaires.
Par Lucien migabo
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