Le Dr Glory Safari Mugaruka, médecin et responsable communication et engagement communautaire à la Croix-Rouge RDC/Sud-Kivu continue de plaider pour un financement dédié à la lutte contre la désinformation vaccinale. Dans sa note intitulée « La vaccination commence par un budget sensible à la désinformation » adressée aux autorités sanitaires, aux leaders communautaires et aux médecins Chefs de zone du Sud-Kivu.
Des chiffres qui alertent
Selon la note, plus d'un million d'enfants restent « zéro-dose » en RDC, c'est-à-dire qu'ils n'ont reçu aucun vaccin de routine. Elle cite aussi 82 869 cas de rougeole enregistrés en 2025, d'après le rapport du centre des opérations d'urgence de santé publique. À Bukavu et dans ses environs Glory safari dénonce des drames quotidiens liés aux rumeurs sur la vaccination. « Pourtant, aucune mobilisation de ressources n'est prévue pour combattre cette désinformation. Comment protéger nos communautés si la vérité ne peut faire entendre sa voix ? », interpelle-t-il.
Des rumeurs qui freinent les campagnes
« Sur le terrain, nous voyons des campagnes de vaccination stoppées par des peurs irrationnelles », souligne Dr Glory qui rappelle que, selon l'OMS, les vaccins ont sauvé 154 millions de vies dans le monde entre 1974 et 2024. « Il s'agit d'un problème assez grave qui menace notre avenir collectif et qui mérite qu'on y accorde une attention », insiste le Dr Mugaruka.
Les campagnes de sensibilisation reposent aujourd'hui sur des financements ponctuels d'ONG, alors que le secteur public ne prévoit pas de ressources spécifiques. Les équipes de santé travaillent ainsi « à découvert », sans outils adaptés.
Un exemple qui a fonctionné
La note cite un exemple à Bukavu en 2023. Avec le soutien de l'UNICEF et du Canada, des relais communautaires ont informé les familles que les vaccins contre le Covid-19 étaient disponibles dans les centres de santé de routine. Des mères comme Nathalie Kabombo ont alors accepté de se faire vacciner en même temps que leurs enfants. Là où des ressources sont mobilisées, la couverture progresse selon le PEV 2025, elle dépasse 94 % pour le pentavalent, contre seulement 60 % pour la rougeole.
Quatre recommandations
Le Dr Mugaruka demande que les médecins chefs de zone inscrivent une ligne de soutien technique, humain ou matériel dans le budget de développement communautaire local. Plus largement, il appelle les autorités sanitaires, les leaders communautaires et les médecins chefs de zone du Sud-à agir en créant une ligne de soutien officielle pour répondre aux inquiétudes des populations ; en inscrivant la lutte contre la désinformation vaccinale dans les plans annuels de développement communautaire ; en affectant des ressources dédiées pour garantir un appui technique, humain et matériel et en prenant position publiquement pour défendre la vérité scientifique.
« Nos communautés ne doivent plus être livrées aux rumeurs », conclut-il. « Sans ressources, la vérité reste sans voix. Avec les ressources nécessaires, elle peut sauver des vies. »
Par Lucien Migabo
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